Mariana : libérée, délivrée… et armée

Publié le 26 June 2018

 

 

Le jeu vidéo BARBARIAN sort en 1987 sur Amstrad CPC, Commodore 64, Spectrum et PC. Au programme, bastons, décapitations et p’tites pépées.
Une en particulier : Maria Whittaker.

Surfant sans tabous sur le succès de Conan sorti quelques années plus tôt, les développeurs du jeu, Palace Software, Steve Brown à leur tête, veulent frapper fort et ont l’idée de choisir la radieuse Maria Whittaker pour incarner Mariana (pourquoi chercher un prénom compliqué ?), la princesse qui figure sur la jaquette du jeu et qu’il faut sans grande surprise sauver (en fait c’est pire : on la “gagne” en battant le méchant !).

Sauf que (et ils le savaient bien) :
1) la jeune femme a été découverte à l’âge de 16 ans par sa présence topless sur l’une des fameuses Page 3 du journal anglais The Sun, qui publiait dès 1970 une page (la troisième du journal, donc) présentant une fille seins nus.
2) en plus de la couverture du jeu, elle apparaît de la même façon – dominée et quasiment nue contrairement au personnage masculin, victorieux et vêtu (partiellement) d’épaisse fourrure – sur un free poster  livré avec le jeu. A ses côtés, un barbare sans nom incarné par Michael Van Wijk, culturiste, acteur et présentateur de l’époque.
3) et surtout, ce qui pose le plus problème : elle n’apparaît même pas dans le jeu, sa présence ne se résumant donc qu’à un argument marketing encore plus douteux qu’il en avait l’air !

Polémique direct, ping-pong de questions/réponses au sein de courriers des lecteurs et tribunes de plusieurs publications spécialisées (la journaliste Kati Hamza dans le n° 55 de Crash Magazine d’aout 1988 dira que “ce n’est pas la nudité des corps [féminins] qui est inacceptable, mais la façon dont ils sont systématiquement montrés. Le fait est qu’une femme se résume toujours à un corps, et que ce corps est toujours là pour le sexe”), interdiction en Allemagne, les parents gueulent, les gamins jubilent (pour rester poli), bref, pari réussi, merci Maria, le jeu cartonne.

 

Fitness et provoc’ macho sont donc les mamelles de Barbarian, et la même recette sera appliquée pour sa suite : Barbarian II : The Dungeon of Drax… à quelques détails près. Quelques détails qui changent en fait pas mal de choses.
Déjà, l’image choisie cette fois-ci pour la jaquette comme pour le free poster  casse la traditionnelle pose Frazettienne de soumission des dam’zelles in distress utilisée dans le premier volet : Whittaker ne sera plus à genoux et désarmée, cramponnée à la jambe de son sauveur, passive femelle reconnaissante dont le corps déjà allongé – de fait, prêt à la saillie – est offert en récompense, mais fait désormais front, debout, avec son acolyte. Dans une pose hiératique, la princesse est maintenant armée et brandi avec arrogance sa propre  ̶v̶e̶r̶g̶e̶  épée, et non celle de son héroïque sauveur, qu’elle soupesait littéralement dans le premier épisode du jeu ! Ils combattent cette fois-ci ensemble, dos à dos, et, salutaire nouveauté du second opus, le personnage de Mariana  est désormais jouable et possède les mêmes caractéristiques que sa contrepartie masculine (au passage, elle apparaissait dans la vidéo-compil du site Metal Queens : Guerrières et Amazones, à très exactement 2:38). Autre chose, même si sa garde-robe ne s’est guère étoffée (tout comme celle du monsieur), sa lingerie est cette fois faite de bronze, métal précieux signe de prestige, et non plus d’un… bikini string bleu !

On se doute bien que les raisons de ces changements restent principalement économiques, Steve Brown voulant éviter le ramdam qu’avait provoqué le premier Barbarian, mais peu importe, cette nouvelle direction reste louable, bien plus intéressante que la précédente, et fait toute la différence dans la perception de ces rudes combattants.
On citera également la très belle et tonique couverture du magazine Zzap !64  d’aout 88 signée Oliver Frey (visible en dessous) qui renforcera le côté partners du duo, en les présentant en action, véritable couple de guerriers bien plus efficaces ensemble que chacun de son côté.

L’année suivante, en 88, un racolage quasiment copié-collé (et également cité par Hamzi dans sa tribune) sera tenté en vain par Intelligent Design pour le jeu Vixen, déjà cité sur le site. L’héroïne sur la couverture – une Jungle Girl en talons (!) – est cette fois-ci interprétée par Corrine Russel, une autre Page 3 Girl, future habituée des revues adultes, comme Maria Whittaker. Détail amusant (ou pas), quelques années auparavant (83), elles étaient toutes les deux Hill’s Angel – ces demoiselles qui apparaissaient dans les sketches Benny Hill.
Whittaker sera également la star virtuelle du jeu vidéo de strip-poker Maria’s Christmas Box, fera une tentative ratée de chanteuse (même si à titre personnel j’adore) et apparaîtra dans deux films : Whoops Aocalypse – le film de Tom Bussmann en 1986 et Tank Malling de James Marcus en 1989.

 

Dans le magazine Joystick n°1 de 1990, le testeur des deux jeux, un certain “Jeff”, clôturera ses notules dans la plus grande élégance en parlant de “la meuf du barbare, toute en tétons“, et de  surenchérir à propos de Barbarian II : “le barbare et sa meuf a’c les grotétons, qui est plus à mon goût, physiquement bien sûr“.

 

28 ans après, on lui répondra simplement que contrairement à son sauveur qui n’en a jamais eu, elle a un nom elle au moins. Et elle s’appelle Mariana.

 

 

 

 

 

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