La Nation des Bandeurs Mou

Publié le 28 October 2018

Par Sixtine Audebert

(Le 26/05/2018, Sixtine Audebert gratifiait FATALES, votre site préféré, d’une superbe chronique au sein de l’émission Mauvais Genres sur France Culture (à 53mn45). Pour des raisons techniques, son travail fut raccourci de moitié. Sa venue sur le site même – une évidence – ne fut dès lors qu’une histoire de temps…  Nous avons agrémenté son article d’une vidéo, visible en fin d’article, pour laquelle nous avons sélectionné et remonté avec soin quelques Rape and Revenge, afin d’en créer un nouveau, inédit. Enfin, c’est la chanteuse Circé Deslandes qui s’occupe de la musique de la vidéo, avec son implacable titre #pathologiecontemporaine – utilisé ici avec son aimable et enthousiaste autorisation ! Un article inédit en soi, à lire, à regarder, à écouter. Alors bonne lecture, bonne écoute et bon visionnage !)

 

 

En décembre 2017 sort sur les écrans le film Revenge de la réalisatrice Coralie Fargeat. Son titre annonce son scénario : il s’inscrit dans un dialogue étroit avec le genre du rape and revenge, dont le film emblématique, I Spit on Your Grave de Meir Zarchi, narre la revanche prise par sa protagoniste après une série de viols crasseux. Lors de sa sortie en 1978, une partie de l’opinion publique s’est empressée de louer les qualités féministes du film de Zarchi. Il serait « agréable pour une fois de voir une femme armée courir après un homme », décryptage lu sur un forum, soulignant le renversement favorable des rôles genrés. Aujourd’hui Revenge souhaite actualiser et amplifier le discours : film de genre fait par une femme, le titre insiste sur la vengeance de la protagoniste. La réalisatrice déclare :

“Je ne me suis pas dit au départ que j’allais faire un film féministe… Le fait d’être une femme et la façon dont on se heurte à un certain nombre de murs pas forcément visibles, de limitations, tout ça s’est cristallisé dans l’histoire.”1

Mais cette séquence du viol dans le rape and revenge – à répétition qui plus est dans les films de Zarchi – pose problème. Nous sommes bien face à un film, c’est-à-dire un divertissement plus ou moins grand public, et, avant même de douter de la sincérité de ces déclarations, le choix de l’art et de l’esthétique n’est pas la voie la plus directe pour le militantisme. L’œuvre en soi ne se substitue pas à l’action2. La question de la jouissance est profondément inscrite dans le corps et dans le rapport à l’autre. Dans un contexte où la notion de loisir dépolitise nos préférences et nos dégoûts, le possible plaisir pris par un spectateur ou une spectatrice face à une intrigue mettant en scène le viol comme élément déclencheur d’un processus d’émancipation de la femme vient vigoureusement interroger les valeurs de notre société. Comment en une quarantaine d’années l’idée d’un féminisme du viol trouve-t-elle son chemin de la bouche d’un homme à celle d’une femme ?

 

 

 

Rape and Revenge : de l’art ou du cochon ?

 

       Quelques remarques au préalable. On parle du rape and revenge comme si c’était un genre bien défini. Rape and revenge, c’est-à-dire précisément un scénario en deux temps, viol puis vengeance du personnage principal féminin. Qui dit film d’exploitation dit scénario de genre stéréotypé, qui n’a de vraisemblable que la trame de son fétichisme. Le film suit donc un trajet, du viol – identifiable comme la crise – à la vengeance – comme rétablissement des valeurs par le triomphe du héros. Il épouse ainsi une dramaturgie assez conventionnelle dans l’idéologie portée par les fictions populaires.

En réalité, quelques recherches rapides sur Internet montrent que cette dénomination couvre un ensemble flottant qui relève essentiellement du discours tenu par le critique3. Wikipédia révèle que la catégorie est un fourre-tout, tantôt associé à l’horreur et au slasher, tantôt au thriller. Il existe un corpus strict qui repose sur l’exploitation à proprement parler, et qui se limite plus ou moins à la série des I Spit on Your Grave initialement lancée par Meir Zarchi (1978 donc, puis 2010, 2012, 2013). Ce corpus est identifié par certains comme particulièrement nauséabond, comme le prouve la réaction du critique Roger Ebert après le visionnage du premier film de la série un matin de 1978 :

« Ce film est l’expression de ce qu’il y a de plus sombre, de plus dérangé et de plus pervers dans la nature humaine. Parce qu’il est réalisé sans une once de grandeur artistique. Ses motivations sont patentes : si vous ne vous délectez pas du sadisme et de la souffrance, il n’y a aucune raison de vouloir voir ce film. »4

Voilà qui recentre partiellement la question de l’intérêt sur l’art comme justification esthétique5. Mais considérer que nous consommons des fictions pour leur valeur artistique et non pour le plaisir, c’est mettre d’emblée hors du spectre critique l’ensemble des productions populaires cheap que nous consommons quotidiennement et émettre un jugement fortement biaisé par une conception bourgeoise de l’art, qui ne pose sans doute pas toujours les bonnes questions face à nos émotions quotidiennes.

En réalité, on retrouve ce scénario de la vengeance suite à un viol dans de nombreux films, cette dernière étant souvent accomplie par un protagoniste masculin, un père, un frère, un amant… ce qui empêche de les identifier proprement comme rape and revenge. S’ajoute une panoplie de critères qui biaisent encore le jugement, sélectionnent un aspect plutôt qu’un autre et justifient l’ajout ou le retrait de la liste des films du genre : l’érudition pointilleuse veut voir dans Deliverance de John Boorman l’origine du rape and revenge, et en effet, s’il a lieu dans un milieu exclusivement masculin, il y a bien un viol portant atteinte à la virilité qui se trouvera finalement victorieuse mais non triomphante6 ; plus souvent, c’est le paramètre du genre, pour une œuvre « plus mainstream » qui empêche, en dépit de la conformité du scénario, de catégoriser le film dans le genre mineur de l’exploitation qu’est le rape and revenge – ce pourrait être le cas pour La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven ou dans un autre genre Kill Bill7. Mais ces chicanes diluent le propos et si elles peuvent apporter un éclairage stimulant dans un second temps, elles empêchent d’accéder à la vérité première du genre. Aussi nous concentrerons-nous sur la série matricielle des I Spit on Your Grave.

 

Quelques exemples de Rape and Revenge au sens strict : c’est bien la victime – et elle seule – qui se venge

 

 

J’irai cracher sur vos tombes

 

       Il existe déjà une production de rape and revenge dans les années 70, documents qui ne peuvent nier leur parenté avec un ensemble de productions populaires où la violence et le sexe sont étroitement intriqués et qui flirtent avec une esthétique réaliste sinon documentaire : les séries de roman-photos inspirées de Satanik et les fumetti neri, les mondos, le genre émergent du gore qui évoluera plus tard en torture porn ou gorno (contraction de GOre et porNO)...8 Ces petites productions pour adultes, consommées par un public essentiellement voire exclusivement masculin, reflètent clairement une frustration qui parcourt l’ensemble de la culture de consommation masculine post-libération sexuelle. Là où le désir est censuré, là où la jouissance est empêchée, la frustration se traduit par une atteinte au corps désiré.

En 1978, I Spit on Your Grave fournira la consécration du genre par son retentissement dans l’opinion publique. Dans ses quatre volets, la série met en scène une jeune fille de la ville, incarnant la séduction bourgeoise, livrée à une bande de jeunes rednecks bouseux, qui la violent et la laissent pour morte. Mais la jeune femme se réveille en furie et revient triomphante en femme-démon pour les assassiner sauvagement un par un, avec une violence toute aussi visuelle que celle mobilisée dans la scène de viol.

La trame narrative mince et répétitive traduit le fétiche : plusieurs viols successifs, suivis d’autant de meurtres : partout le phallus9. En effet, le scénario de la vengeance pose une équivalence symbolique des deux parties du film, suivant une dynamique puritaine très proche de la loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent », comme l’explicite le titre français d’I Spit on Your Grave. Plus encore, cela suppose une équivalence du plaisir ressenti par le public lors du visionnage de l’ensemble des deux séquences. Ainsi sexe et violence, sexe bandé et arme, sont posés comme les deux termes de l’équation, ce qui n’est pas sans rappeler une grande part de l’érotique de la culture patriarcale : n’ont droit de cité que les visions confortant la virilité.

Dans la première partie, la femme est présentée comme victime vulnérable, soumise aux assauts d’une bande de brutes. La violence sadique et la jouissance invasive des protagonistes masculins choquent le spectateur. Mais le détail offert par la caméra et la durée de la scène ne laissent aucun doute quant à l’invitation à profiter du spectacle, même avec les mains devant les yeux. En effet, une part importante du cinéma de genre et d’exploitation – que l’on oublie peut-être trop souvent aujourd’hui – était à l’origine consommé dans un cadre collectif et participatif, comme celui des anciennes salles de quartier ou des séances de minuit10. Le spectateur est invité à commenter sur le mode ludique de la communauté, même seul derrière son écran : sinon en présence de ses amis, au moins réunis par une communauté de pensée. L’indignation face au viol offre au voyeur un effet de distanciation : le phénomène d’identification aux agresseurs est empêché par leur caractère bas-du-front, voire franchement white trash, une caractéristique dans laquelle le public refusera de se reconnaître11. Les critiques et fans soulignent le caractère insoutenable et non érotisé des viols, que confirmerait par exemple l’absence de musique sur la bande-son… Cela témoignerait de la volonté de ne pas présenter ces viols sous un jour favorable. Malgré cela, il est difficile d’établir une distinction entre viol érotisé et viol non érotisé12.

Dans la seconde partie du film, la jeune femme tue un à un les hommes qui lui ont fait du mal, endossant le rôle de l’héroïne accomplissant sa juste vengeance. L’effet de série invite au plaisir de la variation, introduisant un raffinement nouveau dans chaque meurtre comme il en était de chaque viol. Dans la première partie de I Spit on Your Grave (1978), les lieux changent : la première fois Jennifer est pénétrée de face dans le marais, la seconde fois elle se fait sodomiser dans la forêt, la troisième fois elle est forcée d’exécuter une fellation dans le salon de sa maison. Les armes sont choisies avec le même raffinement : pendaison, émasculation dans une baignoire, hélice de bateau déchirant l’abdomen. Le détail et le bruitage des meurtres sanglants invitent à une jouissance à la fois puritaine et sadique : la bonne souffrance des méchants excuse tous les viols. La vengeance sonne dès lors comme un Châtiment, ce que souligne la scène où l’héroïne Jennifer va prier pour son salut. Transformée par le sexe, de vierge souillée, elle devient femme et séductrice, et symbolise un juste retour du refoulé s’incarnant dans la transgression virile de la femme désormais armée. Cette arme qu’elle porte à son bras, c’est le prolongement concret du phallus des hommes dans la première partie. Le spectateur, fasciné par ce transfert de pouvoir, ne voit pas le caractère problématique de cette attitude phallique. La culpabilité qui devrait naître de son voyeurisme s’abolit dans de nouvelles stimulations.

Du début à la fin, c’est une jolie jeune fille qui reste au centre de l’attention, toujours dénudée. Elle passe d’une « lolita insouciante à une guerrière badass » selon les mots du journaliste de Cinémaclubfr.fr à propos de la protagoniste de Revenge13. Autrement dit, des catégories pas franchement affranchies d’un regard réifiant, construites par le male gaze14. D’ailleurs, le casting de I Spit on Your Grave 1978 comparé à celui de 2010 et celui de Revenge suit la même évolution que le canon de beauté défini par le regard masculin dans l’ensemble de la culture. Ce n’est pas une femme un peu ronde ou âgée, ni un homme violé qui accomplit sa vengeance en boxer-short moulant qui sont offerts à la vision du spectateur, mais une jeunette baby-faced taille mannequin. Devant cette plastique de top-modèle, au milieu d’un univers phallocentrique, le spectateur a oublié qu’il se regardait bander.

Pourtant, la réception de I Spit on Your Grave (1978) semble admettre une distinction genrée que rapporte Roger Ebert dans le même article :

 

« Comment le public a-t-il réagi à tout ça ? Ceux qui se sont exprimés semblaient être emballés ! Par exemple : le mec à cheveux blancs, d’âge moyen, assis deux sièges en dessous de moi, a lâché après le premier viol « Ca c’était bon ! » ; après le deuxième viol « Ca lui apprendra » et après le troisième « J’ai vu des sacrés trucs, mais celui-là, c’est le meilleur ! ». Quand le vent commence à tourner et que la jeune femme entame les réjouissances sanglantes, une femme au fond de la salle a hurlé « Vas-y, coupe-la-lui ma sœur ! ». A un moment, les trois autres mecs essaient de forcer le personnage du débile mental à attaquer la fille. Ça a provoqué des rires et une vague d’encouragements dans la salle. »15

 

Dans ces propos rapportés, le critique semble n’adhérer à aucun des partis qui le scandalisent autant l’un que l’autre16. On remarque que : l’avis du groupe masculin sanctionne essentiellement la jouissance de la première partie ; la réaction de la femme affirme la compensation phallique apportée par la suite du scénario. D’autre part, on voit bien à l’œuvre ici le phénomène de participation dans la salle.

 

 

 

Rape and Revenge, culture du viol ou empowerment ?

 

       Comment comprendre cette réaction féminine qui semble confirmer la lecture féministe ? Il ne s’agit pas de nier l’empowerment ressenti par cette spectatrice. Le fait est d’autant plus intéressant que le réalisateur Meir Zarchi a lui-même déclaré avoir réalisé son film pour soutenir l’effort d’une jeune femme ayant subi un viol, raison pour laquelle il était attaché au sous-titre The Day of the Woman. Il n’y a pas de raison de douter de son bon sentiment. D’autant plus que cette rhétorique semble de nos jours tout à fait normalisée17. Le discours que peut tenir Coralie Fargeat en 2018 dans une interview pour Faispasgenre.fr le prolonge : « que ce soit dans la première ou dans la deuxième partie, [le] corps [de la protagoniste] reste toujours sa force et son arme, seulement elle apprend à l’utiliser différemment »18. Mais c’est bien cette place centrale du corps féminin qui pose problème dans la perspective d’émancipation martelée par les auteurs. De I Spit on Your Grave 1978 à Revenge en 2018, le discours (pseudo)féministe d’une libération de la femme a pu faire son chemin de la bouche d’un homme à celle de femmes. Les femmes semblent l’avoir intégré et devraient à l’instar de la protagoniste de Revenge maîtriser désormais une rhétorique érotique allant de la passivité à la stratégie phallique censée les libérer. Selon nous, selon tout un pan du féminisme, ce discours de libération de la femme passant essentiellement par une émancipation sexuelle est réducteur. Et ce, particulièrement en face d’un homme qui n’est pas (ou pas de la même façon) perpétuellement ramené à son sexe et à son corps. Mais les théories post-féministes s’appuyant sur une vision néo-libérale de l’individu revendiquent le droit pour la femme à une rhétorique sexuelle qui la construise sans qu’elle soit motivée à des fins érotiques, adressée à un homme. C’est ce que défend Revenge : l’héroïne n’est plus une vierge sous le regard des hommes mais la maîtresse d’un super-mâle ; la scène de danse très sexy, où le copain de son mec pense qu’elle cherche à l’allumer, apparaît comme le point de crise et de divergence entre sa liberté et le regard prédateur de l’homme. Pour ce courant du féminisme, c’est l’intégration des codes et la négociation avec la domination qui offre la liberté19.

Ainsi, plus qu’un genre fixé, le rape and revenge serait un mythe récurrent de la culture du viol, comportant un dispositif cathartique, qui témoignerait de l’avancement de la libération de la femme dans la société contemporaine. De fait, Revenge de Coralie Fargeat est souvent associé à un soulagement par la critique masculine. La réalisatrice souligne :

« Le fait que le film sorte dans ce timing ce n’est pas anodin du tout. (…) Pour moi quand on arrive à résonner de manière inconsciente avec l’actualité [l’affaire Weinstein], ce n’est pas pour rien qu’il y a cette coïncidence-là. ».

 

La fiction telle qu’elle se consomme en régime médiatique, c’est-à-dire bien souvent dans une posture de pur hédonisme, a une dimension compensatoire20. Le loisir, envisagé comme espace de liberté, est aussi le lieu de la revendication de l’identité singulière et de l’inscription dans une communauté idéologique. Prétendument dépolitisé, la majorité sociale qui l’incarne révèle sa part inconsciente. Or l’équation violence/sexe est présente dans presque toutes les productions populaires destinées à l’origine à un regard masculin et domine la majeure partie du cinéma de genre21. Derrière la fable du rape and revenge se dessine la représentation de rapports genrés complexes dans une société normative, voilà les « sex criminals » décrits par Ebert. Ainsi le cinéma de genre serait celui d’une communauté masculine, scandé par une esthétique encodant une idéologie masculine, où le fétiche de la virilité masquerait une nation de bandeurs mou22.

 

 

 

Liste des films de la vidéo :
– “Œil pour œil” (I Spit on your Grave), de Meir Zarchi (1978)
– “L’ange de la Vengeance” (Ms. 45), de Abel Ferrara (1981)
– “Les rues de l’Enfer” (Savage Streets), de Danny Steinmann (1984)
– “La Traque” de Serge Leroy (1975)
– “Thriller” (Crime à froid) de Bo Arne Vibenius (1973)
– “A Gun for Jennifer” de Todd Morris et Deborah Twiss (1997)
– “Baise-moi” de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (2000)
– “Blood Games” de Tanya Rosenberg (1990)

 

 

Pour suivre le travail de Sixtine Audebert et l’émission Mauvais Genre sur France Culture :
Twitter / Facebook / Mauvais Genres / Sa chronique concernant le site Fatales (à 53mn45) / Son article sur le site Antiquipop qui s’intéresse aux références à l’antiquité dans la culture populaire contemporaine.

 

Pour suivre le travail de de Circé Deslandes :
Facebook / Site Officiel

 

 

NOTES :

1Interview de Coralie Fargeat par Christophe Foltzer sur le site d’Ecran large (11 février 2018) : https://www.ecranlarge.com/films/interviews/1012985-rencontre-avec-coralie-fargeat-la-realisatrice-du-tres-enerve-revenge

2 Elle peut cependant suffire comme belle rhétorique médiatique. A ce propos, nous renvoyons à l’article « Politics of Outrage : The Rape of Africa by David LaChapelle » d’Ina Azurmanova, où elle explique que la rhétorique publicitaire de LaChapelle et les productions médiatiques en général invitent l’individu-consommateur à une révolte complaisante, à laquelle l’instant d’outrage suffit. La détermination éthique du consommateur ne se substitue pas à l’action. Dans notre cas, il ne semble pas que l’un ou l’autre des artistes ait un actif militant dans leur vie.

3Le but n’est pas de faire ici un classement exhaustif ou d’en proposer un meilleur, mais d’observer une difficulté propre à la culture médiatique : la définition du genre face à la diversité des discours d’autorité et la conséquente démultiplication des sous-genres. Sur ce point consulter « Le genre comme pratique historique » de Matthieu Letourneux, Belphegor, revue en ligne : https://journals.openedition.org/belphegor/732.

4Article en ligne sur le site de Roger Ebert : http://www.rogerebert.com/reviews/amp/-on-your-grave-1980 « This movie is an expression of the most diseased and perverted darker human natures, Because it is made artlessly, It flaunts its motives: There is no reason to see this movie except to be entertained by the sight of sadism and suffering. ».

5Plus loin, il ajoute encore : « Ce film n’a pas une once d’élégance artistique. En tant que critique, je n’ai jamais condamné l’usage de la violence lorsque le réalisateur semblait avoir une raison esthétique de l’employer. Ce n’est pas le cas d’ I Spit on Your Grave. C’est un freak show ! » ; « This is a film without a shred of artistic distinction… As a critic, I have never condemned the use of violence in films if I felt the filmmakers had an artistic reason for employing it. I Spit on Your Grave does not. It is a geek show. »

6En cela, la deuxième partie du film a pu paraître moins intéressante : elle se rapproche d’un film d’aventure classique exaltant la virilité.

7On note d’ailleurs la proximité troublante avec un film classique de super héros : un protagoniste mâle assassiné injustement par des mafieux, bénéficiant d’un orage miraculeux, d’une piqûre d’insecte mutant ou autre intervention fantastique, revient d’entre les morts et châtie ses agresseurs. Il semble néanmoins que l’héroïne féminine ait un autre lot d’outrages à subir pour satisfaire le consommateur

8Quelques titres : Thriller a cruel picture, 1974, La Chasse sanglante, ou Last Stop on the Night Train, 1975 …

9 Nous n’employons pas le terme phallus en référence concrète au sexe masculin en érection, mais pour son acception symbolique de puissance et domination. Il est associé à la gente masculine seulement dans un second temps. Un homme n’a pas un phallus, il a un pénis, un sexe masculin, la plupart du temps au repos.

10Il y a là une résurgence de la dimension foraine et attractive du cinéma, très perceptible encore dans les blockbusters et les films à gros effets spéciaux. Sur la question de la réception de l’horreur, voir The Pleasures of Horror de Matt Hills.

11Clover dans Men, Women and Chainsaws identifie un axe de l’horreur opposant la ville et la campagne, servant le propos distinctif de l’horreur. Les demeurés, les monstres, ce ne sont jamais soi-même, ce sont toujours les autres.

12On peut supposer que dans une catégorie pornographique mainstream l’usage de la brutalité pendant l’acte serait une esthétisation du viol. Mais pour une pornographie de niche mettant en scène du viol, ce que le consommateur rechercherait serait plus proche du réalisme documentaire… comme dans I Spit on Your Grave.

13Article « [Critique] Revenge réalisé par Coralie Fargeat » de Tanguy Renault (13 juin 2018) pour Cinémaclubfr.fr, en ligne : http://cinemaclubfr.fr/critique-revenge/

14La façon dont le regard masculin hétérosexuel fait norme dans la société, même dans les productions destinées à un public féminin. Voir les travaux de Laura Mulvey, Visual Pleasure and Narrative Cinema.

15Op.Cit. « How did the audience react to all of this? Those who were vocal seemed to be eating it up. The middle-aged, white-haired man two seats down from me, for example, talked aloud, After the first rape: “That was a good one!” After the second: “That’ll show her!” After the third: “I’ve seen some good ones, but this is the best.” When the tables turned and the woman started her killing spree, a woman in the back row shouted: “Cut him up, sister!” In several scenes, the other three men tried to force the retarded man to attack the girl. This inspired a lot of laughter and encouragement from the audience. »

16Leur véracité n’est pas assurée, mais même s’ils devaient relever de la fiction, ils ont la prétention de restituer deux discours antagonistes.

17Un autre exemple de film sorti à l’autre bout du globe dans la mouvance 68 et portant un discours (pseudo)féministe problématique parce qu’énoncé depuis un point de vue masculin érotisant la libération transgressive de la femme serait Belladonna of Sadness (1973) de Eiichi Yamamoto, avec le personnage de la sorcière Jeanne, créée elle-même à partir d’un discours protoféministe de Michelet.

18Article « Coralie Fargeat, réalisatrice de Revenge »en ligne sur Faispasgenre.com : http://www.faispasgenre.com/2018/01/coralie-fargeat-interview/

19On pense au film Baise-moi (2000) de Virginie Despentes qui est beaucoup plus radical dans son dialogisme mais qui repose sur le même principe.

20On a pu parler avec Marie Hélène Merlin-Klejman de « transitionnel », au même sens que lui accordait Donald Winnicott et qu’il proposait déjà pour envisager les faits culturels.

21Nous pensons à toutes ces scènes de violence à l’égard d’un protagoniste féminin où la signification sexuelle est presque transparente, au film avec une final girl poursuivie par un meurtrier au couteau ou aux gialli par exemple.

22C’est plus ou moins ce que dit Noël Burch dans Poésie des latrines, partant de son propre regard queer, c’est-à-dire ancré dans une démarche de déconstruction vis-à-vis d’une évidence donnée, et reconstruit dans la conscience du corps complexe et des rapports de force. Il n’excuse jamais son propre fétichisme.

 

 

 

Go back