Sophia libère Paris ! Ach ! Ach ! Ach !

Publié le 27 March 2018

 

Paris, 18 novembre 1870. Ach ! Les Prussiennes attaquent la capitale et comptent remplacer les ruines par de rutilantes fabriques de bretzels et usines à choucroute ! Madame le Maire  fait appel de toute urgence à Sophia afin de reprendre Paris à ces hordes de barbares...

 

La légende veut que la scénariste Capucine eut l’idée de Sophia libère Paris en lisant Barbarella aux toilettes. Qui de mieux placé que son compagnon Libon pour illustrer les aventures de cette impétueuse et très Pichardienne aventurière ?

Faux premier degré des dialogues tantôt pompeux, tantôt d’une grossièreté à faire pâlir une poissonnière marseillaise, hilarantes ellipses de (soi-disant) fainéantise, personnages explosifs, aventures rocambolesques qui nous embarquent des égouts de Paris à une jungle africaine hostile en passant par des océans garnis d’incontournables pirates, combats gore, bastons de tavernes, racisme ordinaire des principales personnages, sentiments exaltés pour le meilleur ou plutôt pour le pire… dans ce monde en bichromie peuplé uniquement de femmes, l’excès quel qu’il soit semble être la seule façon d’être et de faire. Même le “hasard” est un oiseau de mauvaise augure (ou pas), faisant en sorte que Sofia se retrouve systématiquement avec l’un, l’autre, ou les deux seins à l’air !

Mais les auteurs poussent loin le bouchon de l’humour et le font rebondir avec une facilité déconcertante, chaque planche voire quasiment chaque case recelant un gag divers, visuel ou pas, nonsensique ou pas : la bonne idée de garder la police d’écriture machine à écrire des bulles pour les onomatopées, désamorçant platement tout effet dramatique, la carte de l’Afrique, les flashbacks identiques des personnages, l’organisation de l’expédition africaine, la tribu des Zongobos dont la fierté est d’avoir une tête en forme de boule mâchouillée (?!), les prussiennes dont tous les dialogues sont ponctués de Ach ! Ach !, Arh ! Arh !  ou Ah ! Ah !, et j’en passe…

Pratt, Forest, Stevenson, Lob, Pichard… Capucine & Libon connaissent leurs classiques sur le bout des doigts et en retranscrivent parfaitement les mécanismes en y insufflant un belle louche de gros n’importe quoi. En plus de créer une héroïne solide au sein d’une bande-dessinée dont l’équilibre entre scénario efficace et trait d’enfer fait plaisir à lire, ils livrent avec Sophia libère Paris un bel hommage aux récits populaires d’aventures, visuellement éblouissant et réellement drôle par son décalage totalement maitrisé.

Un vrai régal, beaucoup plus fin qu’il en a l’air !

 

Sophia libère Paris de Capucine et Libon.
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2010.

 

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